L’annonce de l’arrivée prochaine sur le marché des médias romands de deux plateformes exclusivement en ligne, Watson.ch et Blick.ch, doit être saluée comme une manifestation du dynamisme des entreprises de médias dans un contexte de crise. Les groupes propriétaires de ces marques, AZ Medien (Aarau) et Ringier (Zurich), affirment ainsi l’intérêt qu’ils portent à la Suisse romande et à ses audiences, notamment en terme de potentiels contacts publicitaires sur un marché, celui de la presse gratuite en ligne, dominé par la marque 20Minutes (Tamedia, Zurich). Ces annonces sont pleines de belles promesses. Notamment celle de la création d’une vingtaine de postes de journalistes, à Lausanne, pour chacune des deux plateformes. La désignation de deux professionnels reconnus à leur tête, Sandra Jean (ex-directrice des publications du Nouvelliste) pour Watson.ch et Michel Jeanneret, qui quitte L’Illustré pour diriger la plateforme romande de Blick.ch, est aussi une promesse de qualité. Cette accroissement de l’offre ne doit toutefois pas être un leurre…

A l’image de la “guerre des gratuits” qui avait caractérisé le début des années 2000, pour les titres imprimés, dont seule la marque 20Minutes est sortie gagnante, il est probable que l’arrivée de ces nouveaux acteurs en ligne provoque une guerre des tarifs publicitaires. Or, sur un marché numérique déjà concurrencé par les Google, Facebook et autres mastodontes de l’Internet, les acteurs locaux ne doivent pas provoquer un émiettement, tant des audiences que des annonceurs, au risque de plonger dans le rouge… et de disparaître.

La promesse de la qualité de l’information reste un défi à relever. Pour des marques positionnées sur la captation des jeunes, via les vidéos et le divertissement, l’information s’inspire du trafic sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’opinions, de people, de faits divers… Quand on sait que Heidi.news, nouveau venu dans cet écosystème de l’information numérique, peine à trouver la taille critique et obtient du soutien financier par le biais du mécénat (fondation Aventinus), il faut s’interroger sur la définition et la portée de mots qualité, diversité ou encore pluralité de l’information. Comme toujours, c’est une question de perspective…

Par Philippe Amez-Droz, Vice-président